Le Campaign for Fairer Gambling (CFG) a récemment publié un rapport qui pointe du doigt les flux illégaux de sports comme principale cause de la croissance du marché illégal des jeux de hasard. Le rapport, intitulé « Diffusion Illégale des Événements Sportifs et Jeux de Hasard Illégaux » et basé sur des données compilées par Yield Sec, affirme qu’il existe un « nexus entre streaming illégal et jeux de hasard illégaux », attirant les spectateurs vers des plateformes de jeux de hasard non autorisées.
Entre 2024 et le premier semestre 2025, il a été constaté que 89% des flux sportifs illégaux contenaient de la publicité pour des jeux de hasard illégaux. Pendant cette période, les spectateurs britanniques ont consommé 4,7 milliards de flux illégaux d’événements sportifs, soit un ratio de 45 par personne, bien supérieur aux 12 par personne aux États-Unis.
Les auteurs du rapport s’inquiètent particulièrement des groupes vulnérables qui regardent ces flux illégaux, notamment les mineurs et les joueurs qui se sont auto-exclus des plateformes légales. Le Royaume-Uni a récemment été marqué par le cas tragique d’Ollie Long, un addict aux jeux qui s’est suicidé après avoir continué à jouer sur des sites offshore non réglementés, malgré son inscription sur GamStop, le système d’auto-exclusion britannique.
Derek Webb, fondateur et financeur du CFG, blâme la Commission des jeux de hasard du Royaume-Uni et le gouvernement pour la mort de Long et la prolifération des jeux illégaux via les flux sportifs illégaux. Webb, qui a fait fortune en tant que joueur professionnel de poker et créateur du jeu « Three Card Poker », critique les autorités pour avoir permis aux compagnies de jeux légales de baser leurs opérations offshore. Il affirme : « La Grande-Bretagne est devenue une cible facile. Nous avons permis à la puissance douce mondiale du sport britannique d’être infectée par la criminalité organisée. »
Webb critique également la complaisance du Royaume-Uni envers les opérateurs de jeux en ligne qui sont autorisés à rester basés offshore sous l’ancienneté de la Gambling Act de 2005. Les entreprises telles que SkyBet, désormais basées à Malte, profitent de cette situation, conférant ainsi une légitimité involontaire aux plateformes de jeux non réglementées.
Les entreprises sous licence, représentées principalement par le Betting and Gaming Council (BGC), s’opposent à une augmentation des taxes sur les jeux au Royaume-Uni. Selon le BGC, des taxes plus élevées rendent difficile la concurrence avec les cotes et bonus offerts par les entreprises non réglementées, ce qui pourrait pousser plus d’utilisateurs vers les sites illégaux. Le rapport du CFG recommande une approche centrée sur le « Monitorez, Policez, Appliquez et Optimisez » pour mieux contrôler le marché.
Un facteur clé poussant les amateurs de sports britanniques vers les flux illégaux est le coût prohibitif des réseaux sportifs légaux. Pour regarder les matchs de la Premier League et de la Ligue des Champions, les fans doivent s’abonner à Sky Sports, TNT Sports, Amazon Prime, et bientôt Paramount. La facture mensuelle atteint environ £100 (134 dollars), alors que les flux illégaux sont facilement accessibles gratuitement en ligne.
Le rapport avertit que bien que les utilisateurs ne paient pas immédiatement pour les flux illégaux, cela leur coûtera finalement bien plus cher que de l’argent. Derrière 89% de ces flux se cachent des menaces telles que malware, spyware et vol d’identité. Il invite ceux qui ont été victimes d’escroqueries en ligne à se demander : « Quand ai-je regardé un flux illégal pour la dernière fois ? » Parce que ces pratiques exposent les utilisateurs à des risques criminels, en leur présentant des contenus premium « gratuits » qui sont en fait volés.
Pour contrebalancer ce point de vue, certains experts suggèrent que la solution ne réside pas uniquement dans la répression des flux illégaux, mais aussi dans la mise à disposition de contenus sportifs à des prix plus abordables. Une réduction des coûts des abonnements légaux pourrait, selon eux, diminuer l’attrait des options illégales pour les consommateurs.
En conclusion, le Royaume-Uni fait face à un défi considérable pour lutter contre la croissance des jeux de hasard au marché noir, fortement alimentée par les flux de sports illégaux. Une action concertée entre le gouvernement, les régulateurs et les fournisseurs de contenu est nécessaire pour réduire l’impact de ce problème sur les groupes vulnérables et sur l’économie légale des jeux.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.