Le 4 novembre 1928, Arnold ‘The Brain’ Rothstein se rendit à l’hôtel Park Central de Manhattan pour une réunion d’affaires. Ce fut sa dernière entreprise, car George ‘Hump’ McManus l’abattit ensuite pour une dette de jeu de 320 000 $. Rothstein, une figure centrale du crime organisé au début du XXe siècle à New York, était un joueur invétéré et un contrebandier célèbre, dont les activités l’ont rendu extrêmement riche et controversé.
Arnold Rothstein, souvent surnommé ‘The Brain’ pour son intelligence stratégique, s’est hissé parmi les criminels les plus notoires de son époque. Né en 1882 dans une famille juive aisée de Manhattan, il s’écarta des attentes de son milieu dès son jeune âge en choisissant le chemin du jeu et du pari. Malgré un manque d’intérêt pour les études, sa maîtrise des mathématiques le propulsa dans l’univers incertain mais lucratif du jeu.
En 1910, à seulement 28 ans, Rothstein ouvrit son premier casino à New York. Ce fut une réussite, aidée par les dessous-de-table versés aux dirigeants de Tammany Hall, une organisation politique influente. Sa soif de pouvoir politique et son réseau d’informateurs le placèrent en bonne position pour exploiter de nouvelles opportunités, y compris les courses de chevaux et les jeux clandestins. Les maisons de jeux étant illégales, il organisa des parties de craps itinérantes pour contourner la loi.
Le scandale des World Series de 1919 représente l’apogée de l’influence de Rothstein. Bien que son implication exacte reste débattue, il fut soupçonné d’avoir financé les joueurs des Chicago White Sox pour perdre contre les Cincinnati Reds, renforçant ainsi sa réputation de manipulateur influent. Cet incident motiva les instances sportives à instaurer des régulations plus strictes pour préserver l’intégrité des compétitions.
L’ère de la Prohibition, débutée en 1920, ouvrit de nouvelles perspectives pour Rothstein. Voyant l’opportunité dans l’interdiction de l’alcool, il mit en place un vaste réseau de contrebande, important des cargaisons d’alcool via le Canada et le fleuve Hudson pour alimenter les speakeasies de New York. Cette activité illégale a considérablement enrichi Rothstein, consolidant sa position parmi les hommes les plus puissants de la ville.
Durant cette période, Rothstein devint aussi un mentor pour de futurs chefs de la mafia, dont Meyer Lansky et Charles ‘Lucky’ Luciano. Leur collaboration renforça leurs opérations criminelles et modernisa l’image des gangsters en acteurs économiques redoutables. Sous la tutelle de Rothstein, ces personnages ont contribué à transformer le crime organisé en un empire sophistiqué et lucratif.
Les revenus de Rothstein sont difficiles à quantifier précisément. On estime qu’au cours de sa vie, ses gains auraient pu dépasser les 200 millions de dollars, fruits de ses activités criminelles, immobilières et de prêt à taux usuraire. À sa mort, sa fortune était officiellement évaluée à 10 millions de dollars, soit environ 150 millions de dollars actuels. Cependant, son penchant pour le jeu le mena aussi à de lourdes pertes, comme le jour où il perdit 130 000 dollars aux courses de Belmont.
La chute de Rothstein fut brutale et teintée de mystère. Le 4 novembre 1928, il assista à une réunion concernant une dette de poker qu’il refusait de payer, prétendant que la partie avait été truquée. Quelques heures plus tard, il fut transporté à l’hôpital avec une balle dans l’abdomen. Il mourut deux jours après sans avoir révélé l’identité de son agresseur, et la justice ne put jamais élucider l’affaire. Avant de succomber, Rothstein modifia son testament, réduisant l’héritage de sa femme Carolyn et incluant son avocat Maurice Cantor.
La mort de Rothstein entraîna la dislocation de son empire criminel, ses associés s’emparant de ses affaires. Quant à sa fortune, elle s’évapora avec le temps, son patrimoine étant déclaré insolvable dix ans après sa disparition.
L’héritage culturel d’Arnold Rothstein est indéniable. Sa vie a inspiré des personnages de fiction tels que Meyer Wolfsheim dans Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald, et Hyman Roth dans Le Parrain II. Il fut également incarné dans des films et séries, renforçant sa légende comme architecte du crime organisé moderne.
Arnold Rothstein incarne une figure paradoxale, à la fois stratège d’affaires et joueur compulsif. Sa vie fascinante continue de captiver, symbole des excès et de la sophistication croissante du milieu criminel au XXe siècle. Son histoire reste un témoignage puissant de l’évolution du crime organisé aux États-Unis.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.