En 2009, Brian Pempus était étudiant en journalisme à Penn State, à une époque où le poker en ligne connaissait un boom fulgurant. Un soir mémorable dans le dortoir, il se souvient qu’un de ses amis, sous l’effet de l’alcool, avait connu un succès fou en jouant au poker. Ce tournoi, organisé par Full Tilt Poker, attirait des centaines, voire des milliers de participants, et son ami avait réussi à transformer un petit montant d’entrée en une somme impressionnante de 40 000 dollars. Cependant, ce qui semblait être un coup de chance s’est rapidement transformé en déception, car le lendemain matin, le compte de son ami était vide.
Aujourd’hui, Brian Pempus est le fondateur et rédacteur en chef de GamblingHarm.org, un site web dédié à sensibiliser le public aux méfaits du jeu et à la protection des consommateurs. Alors que des millions de personnes dans le monde luttent contre la dépendance au jeu, Pempus s’efforce d’informer le public sur les risques associés aux paris.
La carrière de Pempus a débuté à Las Vegas, où il a travaillé comme journaliste pour le magazine Card Player. Immédiatement plongé dans l’univers du jeu, il a été témoin des hauts et des bas de cette industrie. « J’ai vu le bon, le mauvais et le très laid du jeu », évoque-t-il, soulignant que les lecteurs étaient attirés non seulement par les grandes victoires mais aussi par les défaites déchirantes et les drames qui se déroulent en coulisses.
Après plus de 15 ans dans l’industrie du jeu en ligne, travaillant pour des entreprises comme Better Collective, The Game Day, et Forbes, Pempus a lancé GamblingHarm.org. Cette expérience diversifiée lui permet d’offrir une perspective unique sur les risques liés au jeu. « Les histoires de dépendance ou d’abus par des programmes VIP m’ont ouvert les yeux sur la nécessité de traiter l’industrie sous un nouvel angle », affirme-t-il.
Le mythe et la réalité des programmes de jeu responsable sont souvent discutés. Récemment, un ancien employé de PointsBet a révélé que la « responsabilité » pouvait être une façade, posant la question de savoir si ces programmes sont authentiques ou simplement des outils de relations publiques. Pempus soutient que même si les intentions des entreprises peuvent être bonnes, la structure même de ces compagnies les incite à traiter le jeu responsable davantage comme un outil de communication. « C’est difficile de concilier cela avec un modèle économique qui dépend des utilisateurs intensifs », ajoute-t-il.
Le professeur de psychiatrie clinicien Dr. Timothy Fong, de l’UCLA Gambling Studies Program, identifie la « poursuite des pertes » comme un signe potentiel de dépendance. Selon Pempus, bien que de nombreux parieurs en ligne poursuivent leurs pertes, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils sont dépendants. « C’est une tendance humaine naturelle de vouloir récupérer l’argent perdu », explique-t-il, insistant sur le fait que c’est quelque chose dont il faut être conscient sans pour autant en éprouver de la honte.
Pour ceux qui sombrent dans l’addiction, l’auto-exclusion est un outil précieux. Pempus le considère comme le plus efficace pour prévenir les catastrophes majeures. « C’est la perle de la régulation comparée aux opérateurs non régulés », dit-il, notant que bien que sous-utilisée, l’auto-exclusion sauve des vies.
Alors que son site approche de son premier anniversaire, Pempus continue d’offrir une perspective qui résonne avec de nombreux acteurs. « Des gens me contactent pour me faire part de leurs problèmes de jeu ou pour me donner des retours sur mes articles », dit-il. Que ce soit des régulateurs ou des personnes de l’industrie, l’approche critique de Pempus semble remplir un vide important, offrant une vision précieuse dans le discours sur les dangers du jeu.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.