En novembre 2025, She Zhijiang, un magnat du jeu accusé de diriger « la ville des escroqueries », Shwe Kokko en Birmanie, a été extradé vers la Chine après plusieurs années passées dans une prison thaïlandaise. Arrêté en Thaïlande en 2022 à la demande des autorités chinoises, She est accusé par la Chine d’avoir mis sur pied des opérations de jeux d’argent en ligne illégales. Cette semaine, une cour thaïlandaise a confirmé la décision de l’extrader vers son pays natal.
À son arrivée à l’aéroport de Bangkok, She s’est embarqué sur un vol en direction de la Chine. Son entreprise, Yatai, enregistrée à Hong Kong, a son siège en Thaïlande. Depuis 2014, She Zhijiang fuyait les autorités chinoises après avoir été condamné pour avoir dirigé une loterie illégale aux Philippines, ciblant des utilisateurs chinois en ligne et rapportant quelque 298 millions de dollars de profit.
Les accusations ne s’arrêtent pas là. On lui reproche aussi de mener des opérations illégales de jeux d’argent au Myanmar, au Cambodge et au Laos. Yatai est à l’origine du développement de Shwe Kokko, connu pour ses neuf casinos destinés à séduire les citoyens chinois, interdits de jeux d’argent dans leur propre pays. La Chine, fidèle à sa stricte interdiction des jeux de hasard, a fait des efforts concertés pour que She compare devant la justice pour ses activités illégales ciblant ses ressortissants.
Un rapport de la BBC dépeint Shwe Kokko, situé près de la frontière birmano-thaïlandaise, comme un centre névralgique pour le trafic humain et les escroqueries en ligne. Les travailleurs y seraient attirés par de fausses offres d’emploi, puis retenus contre leur gré et forcés d’escroquer d’autres personnes en ligne, sous peine de sévères punitions. En 2023, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada ont imposé des sanctions contre She et des responsables militaires birmans, pour leur implication dans des schémas de travail forcé au Cambodge, au Laos et en Birmanie. Annonçant ces sanctions, le gouvernement britannique a affirmé qu’au moins 120 000 personnes en Birmanie sont contraintes de travailler dans des fermes d’escroquerie en ligne gérées par She.
Plusieurs réseaux d’information ont mené des enquêtes sous couverture pour dévoiler le trafic humain et les activités illégales de cette ville. Malgré l’arrestation de She en 2022, les centres d’escroquerie semblent toujours actifs.
Les tensions entourant ce centre d’escroquerie ont contribué à un coup d’État en Birmanie. En 2017, Yatai avait obtenu un permis pour développer un petit lotissement à Shwe Kokko, mais le projet a rapidement dépassé le cadre prévu initialement, sous la supervision de généraux militaires, le Colonel Saw Chit Thu et le Colonel Saw Min Min Oo. En 2020, le gouvernement civil a mis en place un tribunal pour enquêter sur les irrégularités du projet Yatai, parvenant à le stopper. Cependant, les tensions entre le gouvernement civil et l’armée ont dégénéré, menant à un coup d’État en 2021.
Sous le régime militaire, Shwe Kokko a continué d’étendre ses activités. She avait imaginé la création d’une zone économique spéciale de 15 milliards de dollars, destinée à devenir un terrain de jeu pour les joueurs chinois. Ce projet a été largement promu dans du matériel publicitaire disponible en ligne. Pourtant, la Chine s’est distanciée de ce développement et a intensifié ses efforts pour ramener She devant la justice. Parallèlement, le pays s’emploie à démanteler d’autres opérations de jeux en ligne. Le mois dernier, la China Construction Bank a aidé à identifier un réseau criminel responsable de blanchir de l’argent pour les opérateurs de jeux en ligne.
D’un autre point de vue, certaines critiques soulignent que la réponse de la Chine pourrait également être motivée par le désir de renforcer son emprise sur les activités économiques de ses citoyens à l’étranger, tout en préservant son image sur la scène internationale. « Nous devons montrer notre capacité à protéger nos lois et nos citoyens », dirait sans doute un officiel chinois en guise de justification.
Cette affaire met en lumière les défis croissants liés à la régulation des jeux d’argent à l’échelle mondiale, ainsi que les tensions géopolitiques sous-jacentes qui peuvent en découler. Le retour de She Zhijiang pourrait marquer un tournant dans la manière dont la Chine traite les crimes économiques transnationaux impliquant ses ressortissants.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.