En 2023, Gavin Fineff, un ancien conseiller financier condamné à neuf ans de prison pour avoir volé et perdu l’argent de ses clients au jeu, a initié une poursuite judiciaire fédérale contre trois géants du pari : Sportsbet, Tabcorp et Entain, propriétaire de Ladbrokes. Il espère récupérer les pertes colossales qu’il a subies. Ce procès pourrait devenir une affaire emblématique dans le secteur des jeux d’argent en Australie.
Fineff accuse les bookmakers de l’avoir incité à continuer de parier d’importantes sommes d’argent sans effectuer de vérifications adéquates sur l’origine de ses fonds, ni sur la possibilité qu’il ait recours à des moyens illégaux pour financer sa passion dévastatrice pour le jeu. À l’époque, Fineff ne gagnait que 130 000 AU$ par an mais misait beaucoup plus que ses revenus ne le lui permettaient. Il estime ses pertes totales à plus de 8 millions de dollars australiens.
Cette affaire émerge dans un contexte où une nouvelle étude du Centre Australien de Recherche sur le Jeu (AGRC) révèle une augmentation de la participation au jeu et des préjudices qui en découlent à travers le pays. Déjà considérés comme les premiers joueurs mondiaux, les Australiens perdent en moyenne 1 200 AU$ par an, soit bien plus que les parieurs américains, qui perdent environ 500 dollars chaque année.
Au lieu d’arrêter Fineff, les compagnies de paris ont assigné des hôtes VIP qui l’ont encouragé à ouvrir de nouveaux comptes de jeu après qu’il ait cessé de parier. Dans sa plainte, Fineff mentionne les noms de deux hôtes VIP, George Khoury et Steven Bedwell. Khoury, qui était son hôte chez BetEasy (désormais partie de Sportsbet) avant de rejoindre Tabcorp, aurait encouragé Fineff à poursuivre ses paris, lui faisant perdre plus de 3,6 millions de dollars australiens en 17 mois.
Après avoir changé de compagnie, Khoury aurait incité Fineff à ouvrir un compte chez Tabcorp avec des bonus de paris, Tabcorp n’ayant exigé une preuve de revenu qu’après que Fineff eut perdu 3,9 millions de dollars. De son côté, Bedwell, hôte chez Ladbrokes, partie du groupe Entain, aurait également encouragé Fineff à continuer de jouer, exacerbant ainsi ses problèmes.
Les conséquences pour les entreprises ont été sévères. La Commission des Courses du Territoire du Nord, qui encadre la plupart des sociétés de paris en ligne en Australie, a infligé une amende de 78 540 AU$ à Ladbrokes pour ne pas avoir su contenir les problèmes de jeu de Fineff. BetEasy a également été condamnée à une amende de 79 390 AU$ pour trois infractions à sa licence. L’industrie du pari en ligne, où une petite fraction des utilisateurs génère la majeure partie des revenus, fait l’objet d’une surveillance accrue.
En contrepoint, certains des victimes de Fineff, comme la défunte Joy Williams, se montrent sceptiques quant à l’efficacité d’une telle action en justice. Sa fille souligne que le procès est « l’hôpital qui se moque de la charité », ajoutant que malgré le tort causé par Fineff, les entreprises de paris sont aussi responsables d’avoir exploité sa dépendance.
Enfin, Geoffrey Watson, avocat consultant l’équipe juridique de Fineff, affirme que ce procès pourrait entraîner une réforme dans un secteur qu’il décrit comme prédateur. Selon lui, ce cas pourrait transformer l’industrie du jeu en Australie. Cependant, il y a eu des précédents où des cas similaires n’ont pas abouti, comme en Grande-Bretagne où les juges ont statué contre des plaignants cherchant à récupérer leurs pertes.
Fineff lui-même appelle à des règles plus strictes sur la publicité des jeux en Australie, plaidant pour que le gouvernement prenne des mesures énergiques contre les compagnies de paris, afin de prévenir de futurs préjudices à des personnes vulnérables.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.