Le 2 février 2026, le président russe Vladimir Poutine a évité de s’engager dans la controverse autour du projet du ministère des Finances visant à légaliser et réguler les casinos en ligne. Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a rapporté à Expert Online que la proposition était encore en délibération et que le président n’avait pas encore exprimé d’avis à ce sujet.
Début janvier, le ministre des Finances, Anton Siluanov, a révélé dans la presse russe qu’il avait adressé une lettre à Poutine demandant la levée de l’interdiction générale des casinos en ligne via un décret présidentiel. L’idée serait de créer une plateforme nationale pour encadrer les casinos en ligne régulés. Le ministère propose une taxation de 30% des revenus des opérateurs, après déduction des gains versés.
Siluanov estime que cette mesure pourrait rapporter environ 100 milliards de roubles (1,3 milliard de dollars) annuellement au trésor public. Son plan prévoit également que l’Unified Regulator of Gambling (URAG), le régulateur des casinos physiques et des bookmakers en Russie, supervise le secteur. Un âge minimum de 21 ans pour les utilisateurs de casinos en ligne a aussi été suggéré.
Cependant, cette initiative divise profondément. L’Église orthodoxe russe, des psychologues et des organismes anti-jeu ont manifesté leur opposition. Le député de la région de Novossibirsk, Alexandre Aksenenko, a qualifié le plan de « cynique », soulignant que les souffrances des familles concernées par l’addiction au jeu semblaient négligées. « Le problème du jeu est déjà assez grave dans la région de Novossibirsk », a-t-il affirmé. « Pourquoi l’aggraver ? »
Un ancien joueur compulsif, Sergei Perevozchikov, a confirmé ces inquiétudes sur Krim24, déclarant que la légalisation conduirait à une augmentation de l’addiction. « La sécurité publique en pâtira », a-t-il expliqué, ajoutant que l’accès facile aux casinos en ligne multiplierait le nombre de joueurs.
Bien que le ministère prône une répression des opérateurs non enregistrés, Perevozchikov a souligné l’inefficacité habituelle des efforts pour fermer les sites illégaux, les joueurs et opérateurs trouvant souvent des solutions pour contourner les blocages.
Toutefois, il s’est montré favorable à un nouveau système d’auto-interdiction devant être lancé plus tard cette année. Ce dispositif permettra aux personnes dépendantes de se bloquer elles-mêmes pour au moins un an des sites de paris et des établissements de jeux. Selon lui, cette initiative aidera les personnes à combattre leur dépendance plus efficacement et à prendre des décisions rationnelles pour l’avenir.
La ville de Novossibirsk, la plus grande de Sibérie, a connu une recrudescence des crimes liés aux paris illégaux ces derniers mois. L’année dernière, la police a démantelé 34 établissements de paris clandestins. En octobre, les forces de l’ordre ont même découvert un casino illégal opérant dans l’un des plus grands hôpitaux de la ville.
Alors que le débat se poursuit, certains experts estiment que la régulation pourrait amener une meilleure sécurité et des bénéfices économiques substantiels. Ils soulignent que, dans d’autres marchés, comme ceux de l’Europe occidentale, la légalisation s’est accompagnée de systèmes de protection des consommateurs efficaces et d’une réduction des activités illégales. Toutefois, les détracteurs font valoir que l’exemple de ces marchés n’est pas forcément applicable à la Russie, où les structures de contrôle et de régulation pourraient ne pas être aussi robustes.
En attendant, la proposition du ministère des Finances reste une question ouverte, sans position officielle claire du Kremlin. Le débat soulève des questions essentielles sur l’équilibre entre réglementation, potentiel économique et les impacts sociaux des jeux d’argent en ligne. L’issue de cette délibération pourrait bien influencer les politiques à venir dans d’autres secteurs économiques en Russie.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.