En janvier dernier, Oxford, dans le Mississippi, a été paralysée par une tempête de glace épique. C’est à ce moment-là que Daniel Durkin et sa femme ont reçu un appel d’un étudiant de l’Université du Mississippi pour s’assurer qu’ils allaient bien et pour proposer de l’aide si nécessaire. Cet étudiant, également président de sa fraternité, a discuté avec les Durkin alors qu’il les aidait à nettoyer leur jardin.
La conversation a pris une tournure inattendue lorsque Durkin lui a demandé combien de ses frères de fraternité, selon lui, avaient actuellement un problème de jeu. La réponse de l’étudiant était surprenante : 80%. Durkin a précisé qu’il parlait de jeu problématique, et non du pourcentage total de ceux qui parient. Le président de la fraternité a confirmé que certains de ses camarades avaient commencé à organiser des paris sur le campus.
Cette situation inquiétante reflète ce que beaucoup considèrent comme le « Far West » des paris universitaires à travers les États-Unis. Durkin, professeur associé en travail social, a contribué à la création du Centre sur le Jeu des Étudiants à l’Université du Mississippi après avoir pris conscience de l’ampleur du problème.
Il y a environ deux ans, un expert en jeux de hasard a rendu visite à Ole Miss, ce qui a ouvert les yeux de Durkin sur la gravité croissante de la situation dans les campus à travers le pays. Cet expert a expliqué comment fonctionnaient les applications de paris, soulignant une différence avec l’alcool et les drogues : « Votre barman ne vient pas chez vous pour vous inciter à boire, n’est-ce pas ? Mais un dimanche, vous pourriez être chez vous, avoir perdu 300 dollars, et recevoir une notification de votre application vous proposant un pari qui, selon eux, est ‘gagnant’. »
L’essor rapide des marchés de prédiction a facilité l’accès aux paris sportifs pour les jeunes de 18 ans, ce qui préoccupe Durkin, surtout dans un État où les paris sportifs ne sont pas légaux. « C’est le Far West en ce moment, » disait-il. Il suggéra à leur chancelier d’écouter les conversations des jeunes après un événement sportif pour se rendre compte de la prévalence du sujet des paris.
Durkin explique que les étudiants sont particulièrement vulnérables aux méfaits des paris en raison du développement incomplet de leur cerveau, notamment le cortex préfrontal qui contrôle la prise de décisions et les impulsions. Comparativement à la population générale, où 1 à 2 % des personnes développent des problèmes sérieux, Durkin s’attend à ce que ce chiffre monte à 6-8 % sur les campus, en raison des facteurs développementaux et de l’exposition constante aux publicités de jeu.
Le rôle du centre est d’adopter une approche de réduction des risques plutôt que de décourager complètement le jeu. L’objectif est d’éduquer les étudiants afin qu’ils comprennent les paris comme une forme de divertissement et non comme une source de revenus. Durkin partageait sa préoccupation sur le manque de mesures de protection, faisant remarquer que les établissements de pari devraient avoir un devoir similaire à celui des bars qui cessent de servir les clients trop alcoolisés.
Bien que le centre soit décrit comme une initiative pionnière, Durkin admet que l’absence de financement fédéral pour la recherche sur les jeux d’argent est un obstacle majeur. Le centre vise à être proactif en plantant une graine dans l’esprit des étudiants pour qu’ils identifient et gèrent les problèmes de jeu, espérant qu’ils réagissent de la même manière qu’avec les problèmes de santé mentale ou d’abus de substances.
Durkin reconnaît que le chemin est encore long pour que les étudiants se tournent vers le centre de conseil pour les problèmes de jeu. Cependant, avec le centre, il est optimiste quant à l’avancement des ressources et de la sensibilisation nécessaires pour mieux gérer cette crise croissante sur les campus universitaires.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.