L’ancien PDG de Star Entertainment, Matthias Bekier, fait face à une amende de plusieurs millions de dollars après qu’un juge a conclu qu’il avait manqué à ses obligations de dirigeant en permettant à un junket chinois de blanchir de l’argent dans les casinos du groupe. Cette décision a été rendue par le juge Michael Lee, qui a également jugé Paula Martin, ancienne avocate de Star, coupable de manquements similaires. Toutefois, sept autres anciens membres de la direction ont échappé à toute sanction.
Le juge Lee a décrit la gestion de l’entreprise comme dysfonctionnelle et contraire à l’éthique sous la direction de Bekier et Martin, notant que ces derniers avaient commis chacun sept violations des obligations de dirigeant. Chaque infraction est passible d’une amende maximale de plus d’un million de dollars australiens (environ 700 000 dollars américains).
L’affaire a été portée par l’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) contre les dirigeants de Star en 2022. Initialement, onze anciens employés faisaient face à des accusations, mais le responsable du casino, Gregory Hawkins, et le directeur financier, Harry Theodore, ont reconnu leurs fautes. Hawkins a ainsi acquitté une amende de 180 000 AUD, tandis que Theodore a payé 60 000 AUD. Le procès des neuf autres individus a commencé en février de l’année dernière et a culminé avec le jugement rendu jeudi.
Lors des audiences, Bekier et Martin ont défendu leurs actions en avançant qu’ils comptaient sur d’autres membres du personnel pour les alerter des risques de blanchiment d’argent. Cependant, le juge Lee a décrit Martin comme un « témoin peu impressionnant » et a critiqué Bekier pour s’être montré évasif lors de l’interrogatoire.
Par ailleurs, Lee a décidé de ne pas sanctionner sept autres membres du conseil d’administration de Star : John O’Neill, Richard Sheppard, Katie Lahey, Gerard Bradley, Sally Pitkin, Ben Heap, et Zlatko Todorcevski. Il a estimé qu’ASIC n’avait pas réussi à démontrer que ces directeurs non exécutifs étaient impliqués dans le scandale. Bien que Bekier et Martin aient témoigné en défense des accusations, aucun des autres n’est apparu comme témoin, ce qui semble avoir joué en leur faveur. Lee a souligné que l’absence de preuve tangible, comme des enregistrements de conversations alléguées dans la salle du conseil, a été déterminante.
De plus, le conseil d’administration recevait souvent des informations « oppressives » de la part de la direction de Star, souvent sur des centaines de pages, rendant difficile pour les membres d’identifier les risques potentiels.
Joe Longo, président de l’ASIC, a déclaré que l’organisme envisageait de faire appel, tout en avertissant que cela ne le dissuaderait pas de poursuivre d’autres affaires contre des dirigeants. Il a affirmé que « le tribunal a constaté que les cadres supérieurs ont une responsabilité critique d’identifier les risques sérieux, de s’assurer qu’ils sont correctement gérés et de les signaler au conseil d’administration. »
Le scandale remonte à 2018, lorsque la direction de Star aurait conclu un accord avec le junket chinois Suncity. La direction aurait offert à Suncity un accès exclusif à une salle de jeu privée dans le casino de Star à Sydney, connue sous le nom de Salon 95. Des sacs de billets, prétendument liés par des élastiques, auraient été livrés dans des sacs de marque Esky, tandis que le personnel du junket se cachait des caméras de surveillance sous des couvertures.
Suncity était l’un des plus grands opérateurs de junkets de Macao, ciblant les gros parieurs en Chine. Le fondateur du groupe, Alvin Chau, a été condamné à 18 ans de prison à Macao pour crimes organisés, jeux de hasard et fraudes. Huit autres membres de l’entreprise ont également été condamnés à des peines de prison allant de neuf à quinze ans. En outre, ils ont été condamnés à payer des amendes de 6,5 milliards de HKD (830 millions de dollars américains) au gouvernement, ainsi que des compensations à cinq des six concessionnaires de casino de Macao, totalisant environ deux milliards de HKD.
Cette condamnation a entraîné un net recul du secteur des junkets à Macao, sous l’effet de la répression réglementaire et de l’effondrement de l’industrie. En réponse à ces événements, l’opérateur de casino australien Crown Resorts a également décidé de mettre fin à toute association avec des junkets internationaux en 2021.
Toutefois, certains experts du secteur soutiennent que malgré ces scandales, le modèle économique des junkets pourrait survivre sous une forme régulée et contrôlée. Ils soulignent l’importance de ces opérateurs pour attirer des joueurs de haut niveau, tout en reconnaissant la nécessité de mettre en place des mesures de contrôle plus strictes pour éviter les abus. Cette affaire souligne les défis constants auxquels sont confrontés les régulateurs et les opérateurs de casinos pour assurer la transparence et l’éthique dans un secteur souvent sous les feux de la critique.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.