Depuis leur lancement l’année dernière, les marchés de prédictions sportifs connaissent une croissance exponentielle. Les deux principales plateformes, Kalshi et Polymarket, sont aujourd’hui évaluées à environ 20 milliards de dollars. Ces entreprises ont multiplié les partenariats avec des ligues sportives, des médias et des compagnies de jeux d’argent. Cependant, cette expansion rapide a suscité une vague d’opposition et de nombreuses questions se posent : ces plateformes sont-elles légales ?
Kalshi se veut rassurant : les marchés de prédiction, y compris ceux liés au sport, respectent la législation fédérale. « Kalshi est une bourse nationale réglementée pour les événements réels, soumise à une juridiction fédérale exclusive », déclare un porte-parole. Cependant, les régulateurs d’État ne partagent pas cet avis. Treize États sont déjà engagés dans des batailles juridiques avec les opérateurs de marchés de prédiction.
Le Nevada, en particulier, a pris des mesures significatives contre ces marchés. Des entreprises telles que Polymarket et Kalshi ont été contraintes de bloquer l’accès aux contrats sportifs pour les utilisateurs du Nevada. Kalshi, cependant, espère renverser cette situation lors d’une audience prévue le 3 avril.
En Arizona, les choses ont pris une tournure plus grave avec le dépôt de charges criminelles contre Kalshi, une première à ce jour. L’Arizona accuse Kalshi de 16 chefs d’accusation liés à des paris et jeux de hasard illégaux, et de quatre chefs d’accusation liés à des paris sur des élections illégaux. Selon l’avocat Stephen Piepgrass, « cette action agressive de l’Arizona va tester la stratégie des États qui, jusqu’à présent, ont évité la voie pénale ».
Un procès en Géorgie pourrait bien changer la donne. Il conteste la légalité des marchés sportifs de Kalshi en invoquant le Commodity Exchange Act (CEA), qui interdit explicitement les marchés liés aux jeux. Kalshi, qui avait déjà reconnu que les marchés sportifs pourraient être considérés comme des jeux de hasard, est accusé d’agir de mauvaise foi en continuant à les proposer.
Pendant ce temps, certains législateurs cherchent à adopter de nouvelles lois pour interdire explicitement ces marchés. Les sénateurs Adam Schiff et John Curtis ont présenté la loi « Prediction Markets Are Gambling Act ». Schiff insiste sur le besoin d’une intervention du Congrès en raison de l’inaction de la CFTC. Curtis ajoute que cette législation vise à protéger les familles et à éviter des produits financiers spéculatifs dans des espaces inappropriés.
Si aucune nouvelle loi n’est adoptée, la décision finale sur la légalité de ces marchés pourrait bien revenir à la Cour Suprême. Selon les estimations sur Polymarket, il y a 61 % de chances que la Cour Suprême examine une affaire d’ici la fin de l’année. En attendant, de nombreux autres cas seront probablement jugés dans les tribunaux d’État et fédéraux. Le feuilleton judiciaire autour des marchés de prédiction sportive est loin d’être terminé.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.