La Commission américaine des contrats à terme sur matières premières (CFTC) pourrait bien jouer un rôle clé dans la bataille juridique sur les marchés de prédiction, qui se dirige désormais vers la Cour suprême, selon des avocats américains. Depuis plusieurs mois, une lutte acharnée est en cours entre les États et les plateformes comme Kalshi et Polymarket, accusées par les États d’offrir des paris sportifs non autorisés, tandis que la CFTC maintient que les contrats d’événements sont des swaps, et non des paris.
Linda Goldstein, associée chez CM Law, a déclaré que la question serait probablement tranchée par la Cour suprême. Actuellement, les tribunaux inférieurs sont divisés : certains jugent en faveur des marchés, d’autres se rangent du côté des États. Cette division pourrait persister à court terme. Goldstein, qui a travaillé sur la législation des sports de fantasy pour la NBA, note que la probabilité d’une intervention de la Cour suprême augmente chaque jour. Avec plusieurs États cherchant à poursuivre ou à interdire Kalshi et Polymarket, et alors que la CFTC riposte, certains juristes estiment que seule la plus haute instance judiciaire des États-Unis pourra mettre fin à cette saga juridique.
Le débat tourne autour de la question de savoir si les contrats d’événements doivent être régis par la législation sur le jeu des États ou par la CFTC. William Walsh, associé chez Benesch Law, considère que la CFTC a un « avantage » en raison de son argument selon lequel la loi sur les échanges de matières premières prime sur les lois étatiques concernant les contrats d’événements. Cet argument a notamment convaincu certains juges, comme le montre la décision du troisième circuit qui a confirmé une injonction préliminaire contre la tentative du New Jersey d’utiliser ses lois sur les jeux pour réguler les contrats d’événements sportifs de Kalshi.
La stratégie agressive de la CFTC, qui inclut des poursuites affirmatives contre plusieurs États, témoigne de l’importance de cette question pour l’agence. Les tribunaux semblent sympathiques à la position de la CFTC. Toutefois, les États persistent dans leur affirmation que les contrats d’événements sportifs violent leurs règles de paris.
Adam Bjorn, PDG de Plannatech, estime que le véritable enjeu n’est pas de savoir si les marchés de prédiction constituent un jeu d’argent, mais plutôt de déterminer qui doit les réguler. Il pense que la CFTC a l’avantage et que l’argument de la préemption fédérale tiendra devant la Cour suprême. Bjorn souligne que le sport est le point de rupture, car c’est un domaine où les régulateurs étatiques ont légitimement intervenu depuis des années.
Les États ont trouvé des alliés puissants dans leur effort pour classer les contrats sportifs comme des jeux d’argent. Un groupe de 17 sénateurs a cherché à couper les fonds fédéraux à la CFTC pour ses poursuites, et d’autres législateurs pourraient rejoindre le débat. En mars, les sénateurs Adam Schiff et John Curtis ont lancé un projet de loi bipartite visant à empêcher les plateformes enregistrées auprès de la CFTC de lister des contrats de prédiction ressemblant à des paris sportifs ou à des jeux de casino.
Peter Sanchez Guarda, ancien directeur associé par intérim et conseiller spécial à la CFTC, pense que le Congrès pourrait intervenir pour clarifier le statut légal, mais que la probabilité d’un affrontement à la Cour suprême reste forte. Josh Hamlet, fondateur de Clarity Tax Counsel, considère le Congrès comme un « joker » dans cette affaire. Le projet de loi Curtis-Schiff cherche à amender la loi sur les échanges de matières premières pour reclasser les contrats d’événements sportifs comme une forme de jeu d’argent. Une victoire de la CFTC à la Cour suprême pourrait ainsi être annulée législativement.
Pour l’instant, la bataille juridique se poursuit, et aucun camp ne semble prêt à céder. Pourtant, une fois les querelles résolues, une refonte significative du secteur pourrait avoir lieu, alors que les analystes estiment que le marché atteindra un milliard de dollars d’ici 2030. Alex Boris, avocat chez J&Y Law, prédit une transformation majeure de l’industrie, non pas parce que les marchés de prédiction disparaîtront, mais parce que les régulateurs rattrapent enfin une technologie qui a évolué plus rapidement que les règles.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.