Le 12 juin 2026, l’opérateur de paris sportifs Flutter Entertainment a annoncé son retrait de la Bourse de Londres, tout en conservant sa cotation principale à New York. Cette décision intervient deux ans après que la société, connue pour ses marques FanDuel et Paddy Power, ait déjà quitté sa cotation principale irlandaise sur l’Euronext Dublin pour privilégier le marché américain.
Flutter prévoit de retirer ses actions ordinaires de la Bourse de Londres le 3 août. La société a expliqué que cette décision est motivée par les coûts administratifs élevés et l’activité de trading peu significative. Cette annonce a initialement entraîné une forte chute du cours des actions de Flutter à l’ouverture du marché londonien, bien qu’elles aient presque entièrement récupéré, se négociant à environ 0,3% en dessous de leur niveau du 11 juin.
En revanche, à New York, Flutter a connu une croissance significative de son cours de bourse au cours du mois dernier, affichant une augmentation de 16% par rapport à mai. L’annonce de ce retrait ne surprend guère, car dès le mois de mai, Flutter avait évoqué la révision de sa cotation secondaire.
Peter Jackson, PDG de Flutter, a exprimé à plusieurs reprises ses critiques à l’encontre des régulateurs britanniques, notamment concernant les nouveaux protocoles de vérification de l’accessibilité financière mis en place par la Commission des jeux. Depuis 2024, la commission pilote des vérifications où les opérateurs utilisent des agences de référence de crédit pour scruter les clients à la recherche de signes de faillite ou de difficultés financières. Jackson a fait valoir que ces vérifications ne seront pas sans friction, bien au contraire. Il a appelé la commission à reconsidérer ses plans.
Sur le plan financier, la situation de Flutter est en pleine évolution. FanDuel, une de ses filiales, a récemment annoncé une troisième vague de licenciements, affectant plusieurs centaines d’employés. Cette nouvelle survient quelques semaines après le départ de sa PDG de longue date, Amy Howe, et la révision à la baisse de ses prévisions de revenus annuels et de bénéfices ajustés de 100 millions de dollars chacun. En novembre dernier, Flutter avait également imputé une baisse de 40 à 50 millions de dollars de ses prévisions de bénéfices 2025 à des résultats sportifs favorables aux clients.
Les résultats du premier trimestre 2026 de Flutter ont été contrastés, avec un chiffre d’affaires total en hausse de 17% en glissement annuel, atteignant 4,3 milliards de dollars, mais un revenu net en baisse de 38%, à 209 millions de dollars, en raison de coûts de financement et d’amortissement plus élevés.
Sur la Bourse de Londres, Flutter a également connu des résultats mitigés. Son cours de bourse a chuté de près de 60% au cours de l’année écoulée, et la société n’a pas versé de dividendes depuis mai 2020. Au moment de l’écriture, sa capitalisation boursière à Londres était d’environ 19,29 milliards de dollars.
L’histoire de Flutter sur la Bourse de Londres remonte à 2000, lorsque l’opérateur de l’époque, Paddy Leisure, s’est introduit à Londres. Après une fusion avec Betfair, la société a été rebaptisée Paddy Power Betfair. Suite à l’acquisition par Flutter en 2019, le groupe a adopté le nouveau symbole boursier FLTR.
Cette sortie de la Bourse de Londres n’est pas un cas isolé. Un nombre croissant d’opérateurs de jeux d’argent quittent la capitale britannique. Evoke, anciennement 888 Holdings, quittera également Londres après un accord de rachat avec la société grecque de jeux et loteries Bally’s Intralot. En 2021, William Hill, un des plus grands noms des paris sportifs au Royaume-Uni, a quitté la Bourse de Londres après son acquisition par Caesars Entertainment.
Dans un contexte plus large, les opérateurs de jeux cotés en bourse font face à un avenir incertain, des rapports indiquant que des fonds spéculatifs ont engrangé des milliards en prenant des positions courtes contre eux. Cette tendance soulève des questions quant à la stabilité et l’attrait des opérateurs de jeux d’argent sur les marchés boursiers. Certains experts estiment que la perception du risque pourrait inciter davantage d’entreprises à suivre l’exemple de Flutter, en optant pour des marchés où les conditions semblent plus favorables pour leur développement et leur valorisation.
Cependant, un autre point de vue suggère que malgré les défis, les opérateurs de jeux ont encore un rôle crucial à jouer sur les marchés boursiers européens. Selon cette perspective, le changement de réglementation et la pression accrue peuvent également créer des opportunités pour ceux qui sont prêts à s’adapter et à innover dans un secteur en constante évolution.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.