Fin août 2026, de nouvelles accusations criminelles ont été déposées contre plusieurs individus soupçonnés d’avoir utilisé des informations privilégiées pour effectuer des transactions sur des marchés de prédiction. Parmi les personnes mises en cause figurent un membre des forces armées américaines et un employé de KPMG, une société spécialisée dans l’audit et le conseil financier.
Selon les informations rapportées par le Wall Street Journal, le militaire américain aurait effectué des paris fructueux sur Polymarket, en se basant sur des actions militaires en Iran et au Venezuela. Parallèlement, l’employé de KPMG est accusé d’avoir exploité des informations confidentielles pour spéculer sur les bénéfices trimestriels d’une entreprise cotée en bourse, avant que ces données ne soient rendues publiques.
Ces nouvelles accusations s’ajoutent à deux affaires criminelles en cours aux États-Unis, concernant le soldat américain Gannon Ken Van Dyke et l’ingénieur de Google, Michele Spagnuolo. Tous deux sont accusés d’avoir utilisé des informations confidentielles pour réaliser des profits sur les marchés proposés par Polymarket. En plus de cela, deux officiers militaires israéliens ont été arrêtés pour avoir spéculé sur des marchés liés aux conflits au Moyen-Orient sur la même plateforme.
Cette plateforme de prédiction, bien que controversée, continue de proposer à ses utilisateurs de parier sur des actions militaires via son portail international, malgré une interdiction dans plus de 40 pays. L’Israël n’en fait pas partie, ce qui a permis à des individus de profiter de ces marchés. Un rapport récent de l’Anti-Corruption Data Collective a révélé que 152 comptes auraient tiré des profits colossaux de ces marchés controversés, renforçant ainsi les soupçons de délit d’initié.
Polymarket affirme avoir signalé près de 100 comptes aux autorités en raison de transactions suspectes, mais refuse de commenter spécifiquement les affaires impliquant le militaire américain et l’employé de KPMG. L’implication des procureurs à New York et Washington, ainsi que de la Commission des transactions à terme sur marchandises (CFTC), souligne la gravité de ces accusations.
Les avocats de défense, pour leur part, soutiennent que les États-Unis n’ont pas compétence sur ces marchés. Le ministère de la Justice, en collaboration avec la CFTC, a déposé des accusations contre Spagnuolo et Van Dyke, alléguant qu’ils ont violé le Commodity Exchange Act (CEA). Les avocats de Van Dyke argumentent que les marchés sur lesquels il a spéculé ne devraient pas être considérés comme des « swaps » selon le CEA.
Spagnuolo, quant à lui, fait face à des accusations de fraude électronique et de blanchiment d’argent, en plus d’une violation du CEA. Il est allégué qu’il aurait utilisé des informations internes de son poste chez Google pour réaliser un bénéfice de 1,2 million de dollars en spéculant sur des marchés liés aux recherches effectuées sur Polymarket. Sa défense fait valoir que les marchés sur lesquels il a opéré ne peuvent être classifiés comme des swaps, ce qui est crucial pour déterminer la validité des accusations portées contre lui.
Un point de vue divergent se concentre sur la capacité des États-Unis à poursuivre des plateformes offshore dans des « circonstances extrêmes », comme l’a évoqué le président de la CFTC, Michael Selig. Cependant, la question de la juridiction reste centrale, notamment pour Spagnuolo, un résident suisse, qui a spéculé sur une plateforme non américaine.
Dans le dossier de l’employé de KPMG, il reste à déterminer si les transactions ont eu lieu sur le sol américain. Quant au militaire, il est probable qu’il ait utilisé la version internationale de Polymarket. En dépit du nombre croissant de cas de délits d’initié, la CFTC n’a pas semblé prendre de mesures pour interdire à Polymarket de proposer de tels marchés.
Ce débat met en lumière les tensions entre la réglementation des marchés de prédiction et leur utilisation potentielle pour des activités illégales. Alors que certains soutiennent que ces marchés peuvent fournir des informations précieuses lorsqu’ils sont correctement réglementés, d’autres soulignent le risque élevé de manipulation et de délit d’initié qu’ils posent. Ces affaires pourraient bien inciter les autorités à reconsidérer la manière dont ces marchés sont surveillés et régulés à l’avenir.

Luc Lemaire est un blogueur passionné qui adore écrire sur les casinos et l’industrie du jeu. Joueur à temps partiel depuis plusieurs années, il est fasciné par la psychologie du jeu.