Les États-Unis font fausse route sur le débat des marchés de prédiction selon Jon Russell

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Aux États-Unis, le débat sur les marchés de prédiction prend de l’ampleur, impliquant de nombreux intervenants : régulateurs d’État, dirigeants de jeux tribaux, agences fédérales, bookmakers et plateformes qui défendent un modèle économique traversant des lignes réglementaires anciennes. Au cœur de cette querelle, réside une question complexe : où se situe la frontière entre le trading et le pari ?

Jon Russell, un vétéran du trading sportif et de l’intégrité dans le secteur, voit une leçon manquante dans ce débat américain : l’histoire du spread betting au Royaume-Uni. Dans les années 1990, le Royaume-Uni était confronté à une question similaire lorsque le spread betting a émergé, ressemblance troublante de par sa nature hybride entre finance et pari.

Fort de ses trois décennies d’expérience dans les paris sportifs réglementés, Russell reconnaît dans les marchés de prédiction une dynamique qui rappelle le spread betting, un produit initialement conçu pour les marchés financiers, mais qui a trouvé sa place dans le sport en conservant la logique financière d’achat et de vente autour d’un résultat projeté.

Selon Russell, cette histoire britannique pourrait enrichir le débat américain en élargissant le cadre au-delà d’une simple dichotomie finance-pari. Il affirme que les marchés de prédiction pourraient bien appartenir à ces deux mondes simultanément. « Oui, c’est du pari. Oui, c’est un produit financier. Ça peut être les deux, » dit-il, soulignant un précédent clair pour cette double appartenance.

L’exemple du spread betting montre comment la structure d’un produit détermine sa régulation. Au Royaume-Uni, le spread betting est supervisé par l’Autorité de Conduite Financière, tandis que les paris à cotes fixes relèvent de la Commission des Jeux. Cette distinction repose sur la structure du produit plutôt que sur l’événement sous-jacent.

PointsBetting apporte un autre angle au débat américain. Avant d’être acquis par Fanatics en 2024, PointsBet offrait aux États-Unis un produit de pari sportif à paiement variable. Ce produit, bien que similaire au spread betting britannique, était licencié par les régulateurs de jeux d’États, soulignant une divergence de traitement entre deux systèmes réglementaires face à des produits structurellement similaires.

En contraste, au Royaume-Uni, Betfair, le plus grand marché d’échange de paris au monde, est traité comme un produit de pari dès son lancement en 2000. Son modèle d’échange n’a jamais été considéré comme un dérivé financier, malgré des débats initiaux sur sa classification au sein du cadre réglementaire des jeux.

La distinction entre trading et pari dépasse le cadre des régulateurs et influence la perception des utilisateurs. « Trader » évoque la légitimité et la sophistication financière, tandis que « parier » porte des connotations historiques négatives. Cette différence de perception peut influencer les choix des utilisateurs, qui pourraient être plus enclins à investir plutôt qu’à parier.

Cependant, cette perception peut être trompeuse. Une transaction présentée comme un trade pourrait sembler plus sûre qu’un pari, alors que la protection des utilisateurs est souvent plus robuste dans un pari avec un bookmaker réglementé.

L’enjeu dépasse la question de qui gagne l’argument légal. Selon Russell, il s’agit de savoir si les règles peuvent suivre l’évolution de l’utilisation de ces produits par le public. Il prône une gouvernance robuste pour adresser les risques de manipulation, de délits d’initié et de coordination inter-marchés, soulignant l’importance de ces mesures pour le développement sain des marchés de prédiction.

Russell conclut que, bien que les tribunaux puissent décider de l’autorité sur ces marchés, le besoin de garde-fous ne peut attendre. Le marché américain en pleine expansion attire déjà parieurs sportifs, traders de détail, initiés et entreprises cherchant à se couvrir contre des événements réels, mais la question cruciale reste de savoir si les règles sont prêtes pour un produit qui refuse de s’enfermer dans une seule catégorie.

« La nécessité existe indépendamment de qui l’emporte. »

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